jeudi 6 octobre 2016

Comment le temps joue t-il un rôle dans la destinée d’Œdipe ? En quoi peut-il être considéré comme un acteur tragique ?

Le temps est un thème majeur dans les deux œuvres que ce soit celle de la tragédie de Sophocle ou l'œuvre cinématographique de Pier Paolo Pasolini. Bien que chez Sophocle on est ce procédé de retour en arrière tout au long de la tragédie et que chez Pasolini l'histoire suit un cours linéaire, le temps n'en joue pas moins un rôle d'une importance cruciale dans la destinée d'Oedipe et il est ce qui va le mener vers une fin certaine. Il est l’ennemi de l’homme car il lui échappe, l’homme ne peut avoir de prise sur lui. Les deux auteurs vont alors exploiter cet ordre du temps comme une notion essentielle qui assurera le déroulement de la destinée d'Oedipe vers une tragédie inévitable. Alors nous allons nous interroger sur Comment le temps joue t-il un rôle dans la destinée d’Œdipe ? En quoi peut-il être considéré comme un acteur tragique ?



Chez Sophocle et Pasolini le temps n’est pas traité de la même façon. On parle du temps comme acteur tragique car de lui émane une puissance dévastatrice qui va être à l’origine de la dérive de la destinée d’Œdipe mais surtout il est considéré comme trompeur car il se joue du destin des personnages qui n’ont aucune emprise sur lui. Le présent est la principale source de confusion qui fait du temps un obstacle trompeur. C’est-à-dire qu’il est difficile à concevoir en lui-même. Le présent étant le résultat d’un passé obscur, il détermine l’action de la pièce : Œdipe doit remonter dans le temps pour découvrir sa véritable identité. Et une des raisons majeur qui fait du temps un obstacle trompeur c’est qu’il a donné au roi de Thèbes un passé glorieux que le Chœur ne manque pas de rappeler dans le prologue. Ennemi, il lui reprend ses titres de victoires en donnant un sens funeste à ce passé tant glorieux.


En revanche chez Pasolini le déroulement du temps est différent, il rompt avec la continuité. Dans son film il évoque également la réversibilité des situations et la plupart du temps de manière brutale. Cela va se remarquer avec les différents plans de la caméra en particulier avec le cadavre de Laïos filmé en plongée et aussi les cadavres pestiférés lors de la peste qui touche Thèbes. Pasolini va exploiter le motif de la peste et mettre à profit ce motif afin de susciter chez le spectateur un sentiment d’horreur et de pitié. L’ampleur de cette catastrophe est soulignée par une caméra au ras du sol qui place le regard du spectateur au niveau des cadavres. Elle installe une atmosphère d’angoisse qui participe au rôle du temps comme acteur tragique.



Ainsi dans la tragédie comme dans le film, les personnages ne sont pas maîtres du temps qui passe puisque ils sont à chaque fois ramenés à leur éternel point de départ. Le temps est le véritable acteur tragique qui prive les personnages de toute liberté et réduit la tragique fin d’Œdipe au fatum. Il en revient donc à dire que la tragédie d’Oedipe est une tragédie du temps.



                                        Ruddy LIMA EVORA 


Une destinée inévitable

Le temps , acteur du destin tragique d'Oedipe.

Face a un passé perdu et une destinée déjà connu , le temps est a l'essence même de la tragédie de Oedipe. Cet homme misérable est confronté a une angoisse permanente face a un passé et des prophéties tragique , tout en côtoyant un présent incertain . Le destin tragiques des personnages est parallèlement lié a leur propre questionnement perpétuelles sur le temps tout au long de la pièce. Ce qui s'est passé et ce qui se produira est a la cause meme de la tragédie dans ces deux œuvres.
Oedipe , par son ambition de déjouer son destin après avoir consulté l'oracle s'enfonce d'autant plus dans l'inévitable . En pensant échappé au temps il accomplit sa propre tragédie sans même le savoir. Des années après avoir tué son père et épousé sa mère la situation est critique , la ville de Thebes est rongé par la mort et la faim et Oedipe lui meme réclame le coupable du meurtre de Laios afin de sauver la ville d'un avenir morbide mais le temps a encore bien des tragédies à révéler ! Hélas , la vérité resurgit de la bouche du devin Tiresias . Refusant naturellement d'y croire Oedipe va aller a la recherche de son passé pour élucider les mystères. Après sa rencontre avec le serviteur de Laios son père  , la prophétie devient réalité et sa vie entière est alors voué a être une pure tragédie. Le temps que ce héro pensait tromper est enfaîte l'acteur de son destin tragique et sans doute ce qui fait toute l'intrigue et ce qu'il y a de passionnant dans cette oeuvre. 


Yann
Le temps est très présent dans le film de Pasolini et dans la pièce de Sophocle, il est considéré comme le véritable acteur tragique. Le personnage d'Œdipe est guidé par le temps tout au long de l'œuvre.  
Oedipe en voulant soulever l’origine de la malédiction qui s’abat sur Thebes, va donc essayer d’arranger le passé en menant son « enquête ». 

Dans cette quête de vérité il y a une importance des oracles. En effet, les personnages de cet oeuvre sont en éternelle interprétation de leur présent et de leur avenir. Et grâce à ces oracles ils cherchent à découvrir les mystères du temps. Oedipe consulte de nombreux oracles comme la Pythie, Tiresias et le Sphinx dans le film. Quand bien même c’est grâces à ces prédictions que l’action ce construit, elle devient un acteur tragique car elle obscurcit le présent des personnages. 

Pasolini dans son film utilise de nombreuses ellipse temporelle comme lorsqu’il montre l’image de Jocaste en train de jouer puis celle ou elle se donne la mort. Il fait donc des oppositions entre les images. Sophocle lui par le retour en arrière évoque le parcours qu'Oedipe a fait. 


Donc le temps dans la tragédie d’Oedipe roi est omniprésent il joue un très grand rôle, il est également le véritable acteur tragique.

Le temps chez Sophocle et Pasolini

 L’homme ne peut contrôler le temps, il est soumis à cette pendule qui ne cesse de retentir. C’est cette impuissance qui l’angoisse…
Le temps est irréversible, l’homme cherche cependant à s’en extraire. Pascal appelle cela le divertissement.
Prendre conscience de son existence, c'est prendre conscience du caractère irréversible du temps et, par conséquent, du terme nécessaire de la vie qu'est la mort. La conscience de la mort à venir marque donc l'existence humaine : il s'agit probablement de la crainte la plus forte et la plus universellement partagée.
Mais l’homme doit s’adapter puisqu’il ne peut passer outre cette notion de temps.
Ce dernier veut toujours venir à bout de ce qui le dépasse. Dans ce cas présent : le temps est l ‘exemple requis.
Problème, le temps n’est pas à sa porté. Cette lutte est donc vouée à l’échec.
Vincit aliquando cupiditas voluptasque rationem (le désir et le plaisir arrivent parfois à vaincre la raison).


Le Temps, dans cette tragédie est un thème majeur. Dans Oedipe-Roi, seuls les Dieux le maîtrisent, comme ils maîtrisent les personnages, leur déniant toute liberté d’action.
Le Temps est aussi destructeur. En brouillant les pistes,  il mène Oedipe à sa perte. En effet, le présent est le résultat d’un passé obscur qui détermine toute l’action de la pièce. Au fond, Oedipe cherchant le meurtrier de Laïos, cherche en réalité les clés de son passé, un passé perdu qui devient le sujet de la pièce. Dès lors, le présent qui devrait ancrer les héros dans l’instant devient une machine à remonter le temps, le temps de l’histoire personnelle, celle d’Oedipe, qui agit sur l’Histoire d’un peuple, celui de Thèbes.
Lorsqu’Oedipe parvient à la connaissance entière de son passé, alors son présent peut être pleinement vécu.
Et la tragédie de Sophocle se clôt sur la victoire du Temps…


Passé, présent et futur se mêlent.
Dans le prologue, les scènes s'enchaînent sans lien logique. Entre la naissance de l'enfant et la scène dans le pré, on ne sait pas combien de temps s'est écoulé. Pasolini rompt avec l'idée de continuité.
   Le prologue se déroule dans les années 1920.
   L'épilogue se déroule dans les années 1960.
   L'histoire d'Œdipe se déroule dans l'Antiquité.

Chez Pasolini, le temps est cyclique. Contrairement à Sophocle, qui choisit une exemplaire linéarité, le réalisateur termine son film là où il l'a commencé, dans les prés, au soleil.
Pasolini met en scène l'idée de l'éternel retour. Cela rappelle que le complexe d'Œdipe prend fin pour chaque homme, mais que chaque nouvel enfant en est victime. C'est un éternel recommencement.
L'histoire est cyclique dans le film de Pasolini, alors que chez Sophocle elle était linéaire.


Enfin, le temps n'est pas traité de la même façon chez Sophocle et Pasolini. Le dramaturge insiste sur l'idée de continuité, de fluidité, Œdipe remonte au fur et à mesure le cours de sa vie. Le réalisateur préfère créer des ruptures, ce qui permet de souligner le caractère chaotique du destin d'Œdipe.

Le temps, son rôle dans la destinée d'Oedipe.


« Le temps seul est capable de montrer l’honnête homme, tandis qu’il suffit d’un jour pour dévoiler un félon » - Œdipe Roi de Sophocle… Telle est la citation qui résume au mieux la fin tragique d’Œdipe Roi de Sophocle. Le temps seul a permis à Œdipe de se créer une sagesse, errant sur les routes ne menant à nulle part, aveugle ; après avoir commis l’irréparable : l’inceste de sa vie. Le temps est une chose bien précise et pourtant si étendue ; il tient une place primordiale dans le mythe d’Œdipe et est un facteur de son destin.
Ainsi, comment le temps joue-t-il un rôle dans la destinée d’Œdipe ? Et en quoi peut-il être considéré comme le véritable acteur de la tragédie ?

Tout d’abord, le temps peut se définir d’une première façon : il s’agit du temps des secondes, minutes et heures qui s’écoulent ; le passé, présent et futur. Dans le théâtre antique, il fallait répondre à la règle des trois unités dont le temps faisait partie. L’unité de temps (elle resserre les faits à vingt-quatre heures et cherche à entretenir l'illusion d'une coïncidence entre la durée de la fiction et le temps de la représentation) est très importante chez Sophocle : Œdipe Roi se déroule uniquement en vingt-quatre heures comme l’exige la règle.
Cela permet un certain parallèle avec le spectateur qui suit toute l’histoire d’un trait, du début à la fin. Ce rapport de temps raccourci, accorde alors une abréviation du temps réel comme est supposé durer l’histoire de la pièce et ainsi accélérer l’annonce du destin d’Œdipe et l’arrivée du dénouement tragique.

Le temps est de plus, explicitement évoqué dans la pièce : « Et même le jour où nous sommes, quand je le rapproche du temps écoulé, n’est pas sans m’inquiéter » ; « La durée de son absence dépasse le délai normal beaucoup plus qu’il n’est naturel » p.13. Ici, nous avons l’impression que le temps fuit, qu’il file lorsque les habitants de Thèbes sont face à leur destin, c’est-à-dire à la mort qui frappe la ville par la peste. Mais plus encore, c’est le destin même d’Œdipe qui est frappé par cette mort : « Vous souffrez tous, je le sais ; mais quelque soit votre souffrance, il n’est pas un de vous qui souffre autant que moi » et « Mon cœur à moi gémit sur Thèbes, et sur toi, et sur moi tout ensemble ». On a alors l’impression qu’il connaît sa souffrance et la ressent déjà.

Le cadre temporel est également repris chez Pasolini. Il est présent sous la forme musicale : il est question d’airs militaires ou classiques. Ils permettent de maintenir un certain rythme tout au long du film ; de marquer une cassure entre les moments très lents et étirés, et entre les scènes musicales.
La flûte qui apparaît à différents moments dans le film joue un rôle important : elle marque la tragédie et le destin d’Œdipe. Elle est présente dans la partie du mythe lorsqu’après un rêve angoissant (celui de son destin) Œdipe quitte ses parents pour aller à Delphes et consulter l’oracle (à la 18ème minute). Elle apparaît également à la fin du film lorsqu’Œdipe, aveugle, retourne dans la ville de son enfance aux temps modernes. Il marche sur des routes inconnues, accompagné du Messager, une flûte à la main.
Ayant traversé les siècles, (de l’Antiquité à la modernité) la flûte est donc un objet intemporel puisqu’elle permet de voyager à travers le temps.

Ensuite, le temps peut se définir d’une seconde manière. Il joue un rôle primordial dans la destinée d’Œdipe puisqu’il prédit son avenir. Le temps existe à travers le rôle des voyants, présents dans la pièce de Sophocle et dans le film de Pasolini. Chez les deux œuvres, Œdipe se rend à Delphes pour consulter la Pythie ; elle lui prédira son avenir. Or, ce futur qui est à l’avance annoncé, n’est autre que son destin : tuer son père et coucher avec sa mère. A travers le rôle de l’oracle, le temps joue alors sur les actions du personnage et amorce sa dimension tragique.

Enfin, on peut définir le temps sous la forme climatique, comme la météo. Le temps joue ici, également un rôle dans la destinée d’Œdipe en étant un facteur provocateur, inquisiteur ; de telle sorte qu’il sera propice à tuer… On pourrait faire le rapprochement avec l’Etranger de Camus où l’environnement influence les faits et gestes du personnage.
Pour exemple, lorsqu’Œdipe se retrouve à errer sur les chemins, ne sachant où aller après la consultation de l’oracle. Il rencontre alors sur la route le roi Laïos et son convoi. Avec la chaleur et la longue route qu’il a faite, Œdipe passe à l’action et tue tous les gardes du roi et lui-même. À ce moment de l’histoire, Œdipe ne sait pas qu’il vient de commettre un acte fatal : il a tué son père. Ainsi, l’écrasante chaleur, la fatigue du chemin et le désespoir dans lequel vient de tomber Œdipe sont des éléments qui le poussent à tuer et à le faire tomber dans sa propre fatalité.

Pour conclure, à travers ces différents définitions du temps, nous voyons qu’il est très présent dans la pièce et dans le film ; il est même indispensable. À travers les trois facteurs évoqués (le temps quantitatif, le temps prédicateur et le temps météorologique), il s’impose en tant que réel acteur et déclenche lui-même la tragédie.

Lauren A.
Chez sophocle, l'élucidation du mythe, de la destinée est mît en avant. Il a donc un retour en arrière récurent mais il y a tout de même une certaine chronologie de l'histoire. En effet les faits sont relatés a la suite par rapport au temps.
Le temps passe et rapproche œdipe de plus en plus vers sa destinée, il ne peut y échapper.
Dans le film de Pazolini en revanche, il y a un certain cyclisme dans le déroulement, les scènes premières et finales se ressemblant. Mais on peut aussi remarquer un figement de celui-ci dans le sens où on retourne toujours a Thebes l'endroit phare de l'histoire.

Dans les deux cas, le temps joue un rôle emblématique et meme symbolique. Il fait en sorte tout d'abord qu'odiepe réalise son destin, mais qu'ensuite il le connaisse et en découvre l'origine.

Que ce soit dans le film ou dans la piéce de Sophocle, les personnages de la tragédie sont dans une recherche perpétuelle de leur présent comme de leur avenir grâce aux oracles, ils cherchent à percer le mystère du temps. Afin de comprendre leur présent, ils chercheront donc a percer le passé et le futur.  Œdipe consulte la Pythie, comme Créon, et demande au devin Tirésias conseil. Dans le film de Pasolini, les paroles du Sphinx se révèlent aussi prophétiques. Toute l’action se construit à partir de ces prédictions qui déterminent les décisions humaines. Suite aux paroles de la Pythie, Œdipe condamne publiquement le criminel. De même, c’est après un « oracle qui arriva jadis » que Laïos abandonne son enfant à la mort dans les montagnes.
Mais cette parole qui prédit l’avenir obscurcit le présent car elle est source d’interprétations et partant de malentendus et de brouilles qui égarent les personnages. Elle devient alors le puissant agent de l’ironie tragique.
C’est Créon qui dès le prologue inscrit cette ironie au cœur de la pièce.
Il pense apporter une « réponse heureuse » et ajoute même la phrase suivante qui résonne comme une terrible antiphrase pour le spectateur : « Crois-moi, les faits les plus fâcheux, lorsqu’ils prennent la bonne route, peuvent tourner tous au bonheur ».
Dans la tragédie comme dans le film, les personnages ne semblent pas maîtres du temps qui passe puisqu’ils sont irrésistiblement ramenés à leur point de départ. Le temps est le véritable acteur tragique, il dépossède les personnages de toute liberté. Quoi que ces derniers entreprennent pour changer le présent, tout a déjà eu lieu.
Rétablir l’ordre du temps, c’est donc aussi pour Œdipe dans un même mouvement perdre sa place dans ce dernier. A la fois fils et mari de sa mère, il brouille l’ordre temporel qui finit par le broyer. Au cœur du temps se loge la fatalité, ce qui est inscrit dès la naissance d’Œdipe.  Le Chœur souligne dans le texte cette action : « Le temps, qui voit tout, malgré toi l’a découvert". La pièce et le film proposent alors le même dénouement tragique : le suicide de Jocaste et d’Œdipe.  Pasolini choisit de montrer en cachant tout, le suicide de Jocaste est traité de manière elliptique, on découvre son corps sans vie en même temps qu’Œdipe et ce dernier se crève les yeux mais dos tourné aux spectateurs. La « machine infernale » est alors arrivée à son terme, les protagonistes sont éliminés. Dans le film, Œdipe sort véritablement du temps pour devenir dans l’épilogue une figure intemporelle du vagabond.